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M. Jean-Claude Poimboeuf : «Les jeunes dirigeants Cambodgiens m’incitent à l’optimisme»
23, May 2017 , 11:28 am         5389
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L’Ambassadeur de France, M. Jean-Claude Poimboeuf, achèvera à la fin du mois sa mission de trois ans au Cambodge. Dans une interview avec le journal en ligne Thmey Thmey, il revient sur les moments forts de la relation franco-cambodgienne durant ces trois années. Malgré certains moments politiques frustrants, les problèmes de circulation et de l’inégalité entre villes et campagnes, M. Ambassadeur a également noté les points forts du Cambodge :   le dynamisme des sociétés civiles, la liberté de presse et les aspirations des jeunes dirigeants.



Leang Delux : M. l’Ambassadeur! Pourriez-vous décrire les réalisations que vous avez accomplies durant votre mission au Cambodge?

M. Jean-Claude Poimboeuf : Plusieurs visites de haut niveau ont rythmé les relations entre nos deux pays. Je retiendrai les principales :
- Le Premier ministre Hun Sen a effectué une visite officielle en France en octobre 2015
- Sa Majesté le Roi a représenté le Cambodge à l’occasion de la conférence sur le climat qui s’est tenue à Paris en décembre 2015
- Le Ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, SE Prak Sokhonn, s’est entretenu avec son homologue français en novembre 2016.
- Dans le sens France-Cambodge, notre ministre en charge du développement et de la francophonie, Mme Annick Girardin, est venue en mai 2015 signer le document d’orientation de notre partenariat pour la période 2015-2018.

Ces visites ont renforcé la relation ancienne d’amitié et de confiance entre la France et le Cambodge. L’année 2016 a d’ailleurs été l’occasion de célébrer deux temps forts de nos relations : le 50ème anniversaire de la visite historique du Général de Gaulle au Cambodge ainsi que le 25ème  anniversaire des Accords de Paris.


Leang Delux : Quelles sont les réalisations qui vous ont rendu particulièrement fier dans le cadre de la coopération franco-cambodgienne?


M. Jean-Claude Poimboeuf : Tout au long de ma mission, notre coopération bilatérale s’est renforcée dans tous les domaines.

Mes autorités m’avaient fixé une priorité : développer nos échanges économiques. Bien qu’encore en-deçà de leur potentiel, ceux-ci ont doublé entre 2014 et 2017 et dépassent désormais le milliard d’EUR.

Avec des engagements de 300M EUR sur les trois dernières années, l’Agence française de développement (AFD) est devenue l’un des principaux bailleurs du Royaume avec pour objectif principal le soutien aux secteurs productifs et le renforcement du capital humain.

La France a continué d’être un des partenaires principaux du Cambodge dans le domaine de l’éducation grâce à nos bourses, aux programmes d’échanges universitaires et au Lycée français René Descartes. Les échanges entre le Cambodge et la France ont également été riches dans le domaine culturel, notamment grâce à l’Institut Français du Cambodge.

Dans le domaine militaire, la collaboration entre les forces françaises et cambodgiennes dans le cadre des opérations de maintien de la paix est restée active.

Leang Delux : Vous avez été témoin à plusieurs reprises des tensions entre le PPC et le PSN, quelle est votre analyse de l’atmosphère politique au Cambodge? Quelles sont vos recommandations?


M. Jean-Claude Poimboeuf : En tant qu’ami de longue date du Cambodge, je dois dire que certaines des évolutions des trois dernières années ont pu être frustrantes et que la « culture du dialogue » instaurée à l’été 2014 n’a pas produit tous les effets qu’on pouvait en espérer. J’espère sincèrement que le système politique du Royaume trouvera sans tarder les voies d’un dialogue apaisé entre les forces politiques partageant un attachement commun à l’état de droit et aux institutions démocratiques.

Le bon déroulement du processus électoral est un facteur essentiel à cet égard. Des progrès notables ont été accomplis grâce au travail bipartisan de la Commission nationale électorale, travail qui a d’ailleurs été financé en partie par l’Union européenne, à hauteur de 10MEUR. Je souhaite que ce travail constructif entre les principales forces politiques puisse se prolonger dans le cadre d’un débat démocratique et respectueux des droits de chacun.

Leang Delux : Selon vous, y a-t-il eu des progrès dans la pratique de la démocratie et l’état de droit au Cambodge?

M. Jean-Claude Poimboeuf : La commémoration du 25ème anniversaire des Accords de Paris a permis de revenir sur les indéniables progrès du Cambodge dans ce domaine. J’ai été frappé pendant la durée de ma mission par la vitalité de la société civile et le travail remarquable de nombre d’ONG cambodgiennes et étrangères. Contrairement à ce qui se passe dans beaucoup de pays de la région, certains organes de presse ne se privent pas de critiquer les autorités et on peut lire beaucoup de choses sur les réseaux sociaux, très suivis par les jeunes.

Je note cependant beaucoup de critiques sur l’impunité et l’inégalité devant la justice. Changer cela sera un travail de longue haleine auquel nous contribuons par la formation des juristes cambodgiens, nombreux à avoir choisi la France pour leurs études, ou notre soutien aux activités des CETC, le Tribunal Khmers Rouges, dont le travail est crucial pour la mémoire collective cambodgienne et peut servir de référence pour le monde judiciaire dans son ensemble.

Leang Delux : Quelles sont votre remarques sur les jeunes générations cambodgiennes? Notamment sur les jeunes dirigeants?


M. Jean-Claude Poimboeuf : On ne peut qu’être frappé par la jeunesse du pays, facteur de dynamisme et de progrès. Il me semble que les jeunes Cambodgiens sont avant tout tournés vers l’avenir.



J’ai noté avec intérêt l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants, non seulement plus jeunes mais mieux formés et aspirant à la modernisation du Cambodge. J’ai eu avec eux des échanges très ouverts et qui m’incitent à l’optimisme.

Leang Delux : Le gouvernement cambodgien s’est beaucoup réjoui de la croissance économique de 7%. Certains experts économiques ont toutefois souligné les inégalités entre les riches et les pauvres. Quel est votre point de vue?


M. Jean-Claude Poimboeuf : J’ai été, comme beaucoup d’observateurs, impressionné par la poursuite d’une forte croissance économique qui se traduit par des améliorations concrètes de la vie des Cambodgiens : de meilleures infrastructures ; un pouvoir d’achat plus élevé ; un recul de la pauvreté. En même temps, j’ai noté certains effets moins positifs : l’impact sur l’environnement ; les inégalités, notamment entre villes et campagnes ; les fragilités du modèle économique, vulnérable à des chocs externes.

Leang Delux : Y a-t-il eu de nouveaux investissements français au Cambodge durant les trois dernières années? Quels en sont les montants?


M. Jean-Claude Poimboeuf : Les investissements français ont augmenté sensiblement pendant la période. Les plus importants concernent les nouveaux terminaux aéroportuaires de Phnom Penh et Siem Reap, inaugurés en mars 2016 (100 M$ d’investissement du groupe Vinci) et l’installation en mars 2017 de la BRED, deuxième groupe bancaire français. Parmi les autres nouveaux venus : le groupe français HAVAS, un des leaders mondiaux en matière de communication digitale, qui a pris le contrôle de Riverorchid, première agence de communication d’Asie du Sud-Est continentale, et le groupe Lagardère qui a racheté des stations de radio.


Leang Delux : Vous avez connu le Cambodge dans les années 90 et avez résidé dans ce pays en tant qu’Ambassadeur pendant ces trois dernières années. Quelles sont les expériences positives et négatives, qui vous ont marqué ? Qu’est-ce qui vous manquera le plus ?


M. Jean-Claude Poimboeuf : J’ai pu en effet constater à quel point le Cambodge a changé depuis que je m’y intéresse.

J’ai eu beaucoup d’expériences positives, tant dans le cadre de mes activités officielles que dans mes contacts avec la société civile, particulièrement dynamique au Cambodge. J’ai notamment été sensible à la qualité du travail de nombre de nos ONG.

J’ai aussi été passionné par la coprésidence du CIC Angkor, exercée conjointement avec le Japon, qui illustre notre engagement ancien en faveur de la préservation et de la mise en valeur du patrimoine khmer ; cette fonction m’a amené à me rendre souvent à Siem Reap, toujours avec bonheur. J’ai découvert aussi avec émerveillement d’autres trésors du patrimoine khmer : Koh Ker, Sambor Prey Kuk, Preah Vihear. J’aurais souhaité sillonner davantage votre pays mais j’espère que cela n’est que partie remise.

Mes expériences négatives sont surtout liées à une certaine dégradation des conditions de vie à Phnom Penh du fait de la circulation automobile et des problèmes d’environnement.

Je quitterai le Royaume avec regret tant j’y ai été chaleureusement accueilli partout et par tous. Mais j’aurai toujours plaisir à revenir pour retrouver mes amis cambodgiens et constater, je l’espère, de nouveaux progrès dans tous les domaines.


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