Le tourisme ne se joue pas à la roulette
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Le tourisme ne se joue pas à la roulette
16, Nov 2019 , 9:39 am        
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Phnom Penh : Alors que le ministère du tourisme vient d’indiquer une croissance de 10 % du nombre de visiteurs étrangers au Cambodge sur le neuf premiers mois de l’année par rapport à l’année précédente, un communiqué de Angkor Enterprise note que, sur les 10 premiers mois de 2019, le parc d’Angkor a enregistré une chute de presque 14% de sa fréquentation par rapport à 2018.
 
On pourrait en tirer comme conclusion – positive -  que le fléchissement de l’attractivité d’Angkor n’empêche pas l’activité touristique du pays de progresser. La diversification de l’offre tant attendue serait donc enfin arrivée, permettant au secteur de sortir de sa dépendance à Angkor et, en conséquence, amoindrirait la pression de tourisme de masse sur les temples multiséculaires.
 
Mais cette diversité de l’offre est-elle bien là ? 
Les chiffres du ministère du Tourisme mettent en évidence que le dynamisme du secteur tient en particulier à la performance de l’aéroport de Kampong Som dont les arrivées bondissent de 308%. Cet aéroport a accueilli, en 2019, 504 481 visiteurs étrangers tandis que ceux de Phnom Penh (+ 12,7%) et Siem Reap ont enregistré respectivement 1,5 million (+12,7%) et 1,2 million (+ 10,9%) de visiteurs.
 
La diversité de l’offre proviendrait alors pour beaucoup de Kampong Som où fleurissent par dizaines les casions destinés à une clientèle chinoise.
Certes, le public des casinos est bien constitué de visiteurs étrangers.
Certes, les jeux d’argent peuvent être considérés comme une activité de loisirs.
 
Mais peut-on considérer ces joueurs comme des touristes ?
Si l’on s’en tient à une définition classique, un touriste est celui qui voyage pour son plaisir, pour se détendre, s'enrichir, se cultiver.
Ce n’est pas vraiment celle d’un joueur passant ses journées dans un casino : s’il prend peut-être du plaisir à se faire plumer, on peut avoir la certitude qu’il n’est pas là pour se cultiver.
 
Bref, tout autant qu’un chien ne sera jamais un chat, un joueur ne sera jamais un touriste et même à peine un visiteur puisqu’il ne s’éloigne guère plus de 1 mètre du tapis de jeu où de la machine à sous.
 
Finalenent, si Kampong Som booste les arrivées d’étrangers au Cambodge, il parait abusif d’y voir le signe d’une diversification de l’offre touristique au sens vrai du terme.
Plus encore, inclure les jeux dans l’offre touristique pourrait même ternir l’image internationale du pays, ce d'autant qu’elle ne s’adresse qu’au seul public chinois.
Depuis le début de l’année, dans la presse étrangère, le Cambodge est souvent dépeint comme un pays obstinément tourné vers la conquête de touristes chinois, notamment à travers l’industrie du jeu. 
 
Voilà qui vient brouiller l’image du pays alors que les guides internationaux le prescrivent comme un haut lieu de culture et de spiritualité.
Voilà qui peut aussi laisser à penser que le Cambodge fait peu de cas des visiteurs non chinois. 
 
On peut comprendre que les autorités aient à cœur de mettre en œuvre des politiques destinées à faire pétiller les « plus » dans les statistiques.
On peut comprendre qu’elles veuillent se montrer attractives envers ce public chinois dont le nombre et la puissance financière hypnotisent dès lors qu’on vise à faire du chiffre et de l’argent.
 
Mais, dépositaire d’un des trésors du patrimoine mondial de l’humanité, le Cambodge ne doit pas courir le risque de passer pour l’arrière-cour touristique d’un seul pays. 
Faute de quoi, ce qui sera gagné aujourd’hui sera perdu demain. 
Parole de joueur. 

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